Article original
L'écrit se réinvente hors de l'édition Au défi
d'Internet depuis quinze ans, le monde de l'édition voit se multiplier
les innovations. Après l'hyperlivre de Jacques Attali et ses
codes-barres pour trouver des contenus complémentaires sur le Net,
après BusinessModelGeneration, un ouvrage écrit en ligne par une
communauté rassemblée par l'économiste d'HEC Alexandre Osterwalder, un
chercheur de l'EPFL, Frédéric Kaplan publie La métamorphose des objets.
l se livre à une réflexion sur la transformation des objets du
quotidien en interfaces. En substance, les objets et leurs usages sont
«augmentés» par des informations numériques. Son livre, lui-même, est
un exemple de cette transformation. Il associe à chaque page imprimée
une page Web grâce à une technologie qu'il a développée, le
bookstrapping.
Ces innovations «soft» s'accompagnent d'autres dans le hardware.
Même les sceptiques reconnaissent désormais un formidable potentiel aux
liseuses électroniques.Steve Jobs, le patron d'Apple, qui n'y croyait
pas, prépare le lancement d'une de ces tablettes, à l'éclairage doux,
qui permettent de télécharger des dizaines de milliers de livres et de
journaux.
Apple rejoint une bataille déjà âpre. Dans les métros américains, il
n'est plus rare de voir des gens lire sur leurs Kindle, la liseuse
lancée par Amazon il y a deux ans qui est maintenant commercialisée
dans une centaine de pays. Fondé en 1932, Barnes & Noble vient de
répliquer en ouvrant la plus grande librairie de livres numériques.
Face aux 325 000 livres téléchargeables d'Amazon et aux 600 000 du
Reader de Sony, elle propose d'entrée 700 000 titres grâce à l'apport
gratuit de Google Books. Cette concurrence met en place toutes sortes
de dynamiques. Amazon, Sonyet Google augmentent leurs contenus en
multipliant les accords, les langues et les marchés. Sony vient
d'ouvrir sa plate-forme à l'autopublication et aux petits éditeurs. Des
économies d'échelle apparaissent. PVI, groupe taïwanais fournisseur du
papier électronique, vient de multiplier sa capacité de production par
quatre avec, à la clé, une nette baisse de prix des liseuses.
Le papier à la demande
Comme on le voit avec l'exemple des hyperlivres, la numérisation ne
conduit pas à la disparition du papier. En Belgique, l'imprimeur
Pelemanse réinvente avec l'impression à la demande. Sur son site
UniBook, on télécharge le livre qu'on a écrit et on ne paye rien (ou
presque) pour son impression. Ce sont les internautes qui achètent
chaque livre sur le site, celui-ci étant imprimé et expédié à un prix
compétitif car il n'y a plus ni stock ni pilon.
Il est trop tôt pour savoir si ces innovations convaincront les
nouveaux lecteurs-utilisateurs-écrivains. Mais elles ont un point
commun surprenant. Aucune ne vient des éditeurs traditionnels.
Quinze ans après les débuts du Web, la plupart des maisons d'édition
semblent toujours penser qu'un département de recherche et
développement est une dépense inutile.
LE BILANOMETER Les sites utiles sur le sujet
www.metamorphosedesobjets.com Le site interactif du livre de Frédéric Kaplan. http://papierelectronique.blogspot.com Le blog de Bruno Rives, expert du livre numérique. www.numilog.com La librairie de livres électroniques de Hachette.
Tech SUPPORT Question à Frédéric Kaplan, fondateur d’Ozwe
Q Quel avenir voyez-vous au livre? R Le
livre a des qualités de robustesse, de transport et de manipulation qui
ne sont plus à démontrer. Ces qualités sont aujourd’hui augmentées en
en faisant une interface de premier choix avec d’autres contenus
numériques par le biais d’un navigateur, d’un smartphone, notamment. En
fait, il peut devenir une interface pour d’autres médias.
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